Charte de Solidaires étudiant-e-s, syndicat de luttes

admin 4 février 2014 0

PARTIE 1- Statut de l’étudiant

1 – L’enseignement supérieur

L’Enseignement Supérieur joue depuis sa création un rôle contradictoire : lieu de transmission de savoirs, qui sont comme autant d’outils potentiels, d’émancipation et d’ouverture sur le monde, mais aussi lieu de reproduction sociale et de conservation des idéaux de la société. Les transformations progressives n’ont fait qu’accentuer cette situation: transmission de savoirs et savoir-faire critiques, mais aussi de pseudo savoir-faire et savoir-être inspirés du monde de l’entreprise. Grandes Ecoles et Ecoles, BTS, Universités avec toutes ses filières, c’est tout l’enseignement supérieur qui se trouve régit par des règles “managériales” qui viennent s’ajouter à un rôle de légitimation et de reproduction du système capitaliste. Notre rôle de syndicalistes de lutte est bien de mettre en lumière et de dénoncer ce double rôle de l’université. Cela s’accompagne d’une critique de la prétendue “démocratisation” de l’université qui s’est accompagnée d’une perpétuation puis d’une accentuation des inégalités entre étudiant-e-s et entre filières : filières d’élites ou d’excellence sur-financées contre filières déconsidérées sous-financées. L’organisation du système éducatif ne peut être dissociée du reste du devenir de la société parce que nous sommes touché-es par les mêmes transformations.

Le système éducatif n’est pas le seul touché par ces transformations, les logiques entrepreneuriales et managériales importées du privé s’appliquent progressivement à l’ensemble des services publics.

Par ailleurs, nous nous opposons à l’instrumentalisation de la recherche par les Etats et les entreprises qui l’utilisent en vue d’offrir une légitimation idéologique à leurs choix économiques, sous couvert d’une fausse “neutralité” scientifique. Cela passe par une critique du contenu des formations, des postulats de recherche et de tout ce qui se présente comme “neutre” dans les politiques de l’enseignement supérieur.

2. L’étudiant-e

Nous considérons les étudiant-e-s comme des travailleur-ses en période de formation. Cette formation étant à terme utile à l’ensemble de la société, nous luttons pour une reconnaissance institutionnelle, politique et sociale d’un statut à part entière : salaire socialisé, droits syndicaux, droit à la même protection sociale que les autres travailleurs/ses et droit de grève, ainsi que pour l’accès de tou-te-s les travailleur-ses à une formation publique et gratuite tout au long de leur vie.

Par ailleurs, nous refusons que l’activité productive dans le cadre des études (masters recherche, doctorant-e-s, stagiaires, apprenti-e-s, production artistique, scientifique ou littéraire…) ait un statut dérogatoire au code du travail: il s’agit de travail à part entière.

PARTIE 2 – Syndicalisme de lutte

1. Buts du syndicat

Nous défendons les intérêts collectifs, tant matériels que moraux des étudiant-e-s, indépendamment de leurs opinions politiques, philosophiques et religieuses. Les difficultés rencontrées de manière isolée relèvent de logiques globales, et celles-ci doivent être combattues collectivement, par des mobilisations massives et démocratiques.

Au-delà des mobilisations portant sur les intérêts immédiats des étudiant-e-s, nous luttons pour une transformation profonde de la société. L’enseignement supérieur auquel nous aspirons est égalitaire à l’image du projet de société que nous défendons.

2. Moyens d’actions

Nous nous définissons comme un syndicat de lutte, c’est-à-dire que nous pensons que seul un rapport de force basé sur des mobilisations collectives peut nous permettre de combattre les réformes de l’Etat et/ou d’obtenir de réelles avancées. Nous ne pensons donc pas que les droits des étudiant-e-s puissent s’obtenir par la négociation, mais par l’action collective et la grève, mettant en place partout où cela est possible des Assemblées Générales, garantes de la démocratie directe via l’auto-organisation et les mandats impératifs.

Nous ne nous contentons pas d’être présent-e-s pendant les élections ou lors des mouvements sociaux. Nous défendons également les étudiant-e-s lorsqu’ils/elles sont confronté-e-s de manière individuelle à diverses institutions et aux oppressions qu’ils et elles peuvent subir. Nous n’attendons pas de manière passive qu’apparaissent des mobilisations : nous les construisons par un travail régulier de syndicalisme au quotidien, de formation, d’apparition publique, et d’agitation politique.

De plus, nous pouvons parfois obtenir quelques avancées ponctuelles et temporaires dans les conseils, en lien avec une mobilisation ou non, afin d’améliorer les conditions de vie et d’études des étudiant-e-s.

3 – Un outil pour les luttes

Le syndicat est pour nous un outil afin que les étudiant-e-s s’organisent pour défendre leurs intérêts:

  • Par un travail de transmission de la mémoire des luttes étudiantes, pour que les erreurs et les réussites passées puissent enrichir les luttes et que celles-ci soient victorieuses.
  • Par la volonté de briser l’isolement du monde étudiant en faisant passer à une échelle collective les problèmes rencontrés individuellement, c’est-à-dire en organisant la solidarité étudiante face aux petites comme aux grandes difficultés que nous rencontrons tou-te-s.
  • Par la volonté de rompre avec l’atomisation de l’enseignement supérieur : éclatement géographique, division entre les filières… Il n’y a rien à gagner et tout à perdre à vouloir défendre uniquement sa corporation ou en se contentant de se battre localement alors que les attaques qui nous touchent sont nationales ou internationales. C’est pourquoi nous sommes organisé-e-s à l’échelle nationale, au-delà des clivages entre établissements ou filières et nous entretenons des liens avec des étudiant-e-s d’autres pays, syndiqué-e-s ou non

4 – Interprofessionnel et syndicalisme de lutte

Notre syndicalisme s’inscrit dans la lutte des classes. Les établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche ne sont pas isolés du reste de la société, aussi nous lions nos luttes et nos intérêts à ceux des autres travailleurs/euses (y compris les retraité-e-s et chômeurs/euses) ainsi qu’avec les personnes combattant et/ou subissant différentes formes d’oppressions. Nous combattons ces oppressions sous l’ensemble des formes qu’elles peuvent revêtir : inégalités sociales, discriminations, ségrégation spatiale, inégalités environnementales, etc.

C’est pourquoi nous sommes attaché-e-s à un syndicalisme interprofessionnel et de transformation sociale, un syndicalisme qui regroupe tou-te-s les travailleurs/ses conscient-e-s de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat.

5. Unité

Nous créons, dès que cela est possible, des solidarités dans l’enseignement supérieur et la recherche et à l’extérieur pour redonner sa place au cadre collectif. Nous considérons le travail unitaire avec l’ensemble des organisations du mouvement social comme un outil de développement et de renforcement des luttes, et nous construisons cette unité aussi systématiquement que possible, dans la mesure où les revendications portées collectivement ne vont pas à l’encontre de la présente charte, sur des objectifs précis et ponctuels, ou sur des stratégies d’alliances plus durables.

La démarche collective au-delà des intersyndicales de l’enseignement supérieur et la recherche nous permet notamment d’élargir et approfondir nos axes de travail sur des thématiques autres, comme la défense des droits des minorités ou les mobilisations écologistes, en travaillant avec des associations, organisations politiques, syndicats, ou collectifs qui développent ces luttes.”

6. Indépendance syndicale

Notre fédération vise à organiser les étudiant-e-s qui se reconnaissent dans la présente charte, en leur laissant au-delà la liberté d’opinion politique, philosophique ou religieuse tant qu’ils et elles n’instrumentalisent pas le syndicat pour professer ces opinions. La fédération tient à conserver son autonomie financière et statutaire.

7. Cogestion

Les institutions dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche fonctionnent sur la base de la démocratie représentative qui n’est qu’une façade, pensée de telle manière qu’aucune opposition sérieuse ne soit possible en son sein. Le gros de leur travail est l’application de mesures ministérielles qu’il est quasiment impossible de moduler. De plus, les étudiant-e-s, enseignant-e-s précaires et personnel-le-s non enseignant-e-s y sont sous-représenté-e-s. Nous ne reconnaissons pas la légitimité de ces instances. Nous affirmons qu’on ne peut pas à la fois combattre et gérer.

PARTIE 3 Principes

1. Anticapitalisme

Parce que nous nous opposons à une marchandisation du savoir et à la sélection sociale qui fait de l’éducation non pas un droit mais un privilège, nous nous opposons au système capitaliste dans lequel la course au profit fait loi et qui pousse l’enseignement supérieur et l’ensemble des services publics à devenir chaque jour un peu plus des entreprises rentables.

Dans une perspective anticapitaliste, nous prônons comme but l’abolition du salariat et du patronat, passant par une réappropriation et une gestion collective des moyens de production, d’échanges et de services.

2. Discriminations et systèmes d’oppression

2.1 Accès égalitaire à l’enseignement

Nous luttons pour l’accès égalitaire de tous et toutes aux études, ce qui implique une lutte contre les systèmes d’oppression racistes et sexistes et les discriminations que ceux-ci engendrent.Nous luttons y compris pour l’accès à l’enseignement supérieur des étudiant-e-s dit-e-s “empêché-e-s” (détenu-e-s, handicapé-e-s…).

2.2 Anti-Sexisme et anti-patriarcat

Nous combattons le système patriarcal de domination, d’aliénation, d’exploitation et d’oppression des femmes, dont les conséquences sont visibles au sein de l’enseignement supérieur. Nous luttons donc contre le sexisme dans l’enseignement supérieur et au sein même de notre syndicat. Au niveau local comme fédéral, les membres de Solidaires étudiant-e-s peuvent se réunir de droit en non-mixité pour créer un espace d’échange et de proposition.

La lutte contre le patriarcat implique la lutte contre l’hétéro-centrisme dont découle les oppressions subies par les Lesbiennes, Gays, Bi-sexuels, Transgenres, Queers, Intersexes, Asexués. Nous luttons donc contre ces discriminations sous toutes leurs formes.

2.3 Anti-Racisme

Nous combattons toute forme de racisme et de xénophobie dans la société et plus spécifiquement dans l’Enseignement Supérieur et de la Recherche : racisme et xénophobie comme système concret de domination fondé sur la hiérarchisation de prétendues “races” ou cultures, mais aussi comme idéologie visant à l’exclusion des cultures entre elles, du “chacun-e chez soi” et la création d’un ennemi intérieur permettant le déploiement de politiques de préférence nationale et de renfermement du territoire sur lui-même. A ce titre, nous luttons pour l’accueil des personnes étrangères et l’octroi à celles-ci des mêmes droits que les “nationaux”, pour la liberté de circulation et d’installation, et pour la régularisation de tout-e-s les sans-papiers.

2.4 Anti-Impérialisme

Notre fédération s’engage contre toutes les formes d’impérialisme et de colonialisme. Elle soutient le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et leur droit à l’autodétermination. Au sein de nos établissements, nous luttons contre les mesures ségrégationnistes tout comme les accords, partenariats etc. s’inscrivant dans la continuité des politiques impérialistes.

2.5 Antifascisme

Notre combat contre le capitalisme et les discriminations racistes et de genre se traduit également par une participation aux mobilisations contre le fascisme. Les fascismes peuvent être la dernière arme de secours pour les classes capitalistes quand elles sont menacées.

3. Écologie

Le système capitaliste en tant que système productiviste est destructeur des écosystèmes, dégradant les conditions de la vie humaine et menaçant la biodiversité. On ne peut en finir avec la destruction de l’environnement sans en finir avec le capitalisme lui-même. Nous nous investissons dans les luttes écologistes actuelles dans une perspective anticapitaliste et nous luttons contre toutes les formes de productivismes, qu’ils émanent des entreprises privées ou des initiatives étatiques.

4. Laïcité

La laïcité est une garantie de la liberté de croyance et d’athéisme, elle doit être défendue dans l’Enseignement supérieur comme ailleurs. Elle implique le refus de liens privilégiés entre les établissements d’enseignement supérieur et des institutions ou organismes non laïcs.

Néanmoins nous devons refuser que la laïcité soit détournée au profit de la stigmatisation, le plus souvent racistes, des minorités religieuses. La laïcité doit se comprendre plus globalement comme la défense de l’indépendance des “services publics” contre toute pression (privée, politique, étatique…) allant à l’encontre de son caractère libre et démocratique. La stigmatisation des minorités culturelles et politiques au nom de cette dernière revient en réalité à une négation de la laïcité puisqu’elle impose une vision normative et idéologique de ce que doit être l’usager-e et/ou le/la salarié-e pour être considéré-e comme “neutre”.

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