Le Kurdistan ?

LE MOUVEMENT KURDE

La campagne s’inscrit dans l’idée d’une solidarité avec le mouvement kurde.
Quand nous parlons du mouvement, nous parlons à la fois de la défense de leurs droits culturels et politiques, mais aussi de l’ adhésion au projet de confédéralisme démocratique porté par une partie de la société civile des quatre régions à majorité kurde. Il ne s’agit pas que des seuls Kurdes, mais aussi des autres peuples qui vivent dans ces régions. Ainsi l’expression «Peuples du Kurdistan» rend mieux compte de la pluralité culturelle de ceux et celles qui construisent l’autonomie démocratique. Jusqu’à l’entrée en scène de Kobané, l’attention sur le mouvement kurde était centrée sur les luttes en Turquie. Le mouvement kurde est très structuré en Turquie, même s’il a toujours existé en Iran, en Irak et en Syrie. L’histoire du mouvement kurde est différente selon les pays, bien que liée.

LA DIVISION DU KURDISTAN

 Sous l’empire ottoman, il existait une région du Kurdistan. Les Kurdes seraient entre 30 et 40 millions selon les estimations, répartis sur un espace de la taille de la France, à l’ intersection des frontières de quatre États-nations : l’ Irak, l’ Iran, la Syrie et la Turquie. Autour de 40% des Kurdes vivent en Turquie ; 25% en Iran ; 15% en Irak ; 5 à 10% en Syrie, le reste ailleurs dans le monde. Les chiffres demeurent approximatifs car les États-nations dans lesquels vivent les Kurdes ont volontairement refusé d’effectuer des comptages dans un but de négation et d’assimilation des populations kurdes. D’importantes communautés kurdes sont également installées en Russie, dans le Caucase, en Asie centrale, et après les vagues migratoires des quarante dernières années en Israël, en Amérique du Nord et en Europe occidentale (plus particulièrement en Allemagne et en France). La région du Moyen-Orient a été dessinée à la suite de l’effondrement de l’empire Ottoman, à la fin de la Première Guerre mondiale. A l’intérieur de cet empire cohabitait une kyrielle de peuples, de langues, de cultures et de religions. La chute de l’empire va réveiller les volontés de créer des États-nations. Un premier traité est signé en 1920 (le traité de Sèvres) qui prévoit, à côté d’ un État turc, la création d’un État kurde et d’un État arménien. Ce qui deviendra l’ Irak et la Syrie reste sous influence anglaise pour le premier et française pour le second. La partition ne convient à personne. Le mouvement nationaliste turc lance une guerre d’indépendance avec l’aide des Kurdes. En 1923, cette guerre remportée, les Turcs imposent une nouvelle partition validée par le traité de Lausanne. La Turquie est née. Elle trahit ses alliés kurdes et efface l’État kurde, elle en fait de même avec les Arméniens, déjà victimes d’un génocide en 1915. Ces derniers négocient alors avec l’ URSS la création d’un État à l’ intérieur de l’Union soviétique. Les Kurdes sont eux écartelés entre la Turquie naissante, le mandat français en Syrie qui récupère les terres du sud-ouest du Kurdistan et le mandat anglais qu’est l’Irak.

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LE MOUVEMENT KURDE EN TURQUIE

Les Kurdes seraient près de 20 millions dans toute la Turquie, dont la moitié au Kurdistan et l’autre répartie sur le territoire, mais majoritairement sur Istanbul. Le mouvement kurde en Turquie est adossé aujourd’hui à l’histoire d’ un parti devenu
emblématique : le PKK (parti des travailleurs du Kurdistan). Le PKK a été fondé en 1978. En 1980, la Turquie subit un coup d’État suite auquel est promulguée une nouvelle constitution selon laquelle les partis politiques sont interdits. C’est dans ce contexte qu’en 1984, le PKK lance la lutte armée en vue d’obtenir un Kurdistan indépendant et socialiste. Le PKK est alors un parti marxiste-léniniste qui mène une libération nationale. Au début des années 90, un premier tournant a lieu avec la fondation d’un «parti légal» et la mise en place d’une stratégie qui vise à gagner des sièges au parlement et à remporter des municipalités. La chute de l’ URSS provoque aussi une remise en cause du mouvement. Au début des années 2000, le mouvement kurde de Turquie change ses orientations. En 2005, le Kongra-gel (issu du PKK) décide la mise en œuvre du programme de confédéralisme démocratique. Le mouvement légal et associatif se renforce encore à côté de la lutte armée. De nombreuses associations se créent sur tous les sujets liés au nouveau projet. Chaque association est indépendante. Les Kurdes créent leur propre parlement : le DTK (congrès des peuples) au sein duquel siègent 101 personnes. Est fondé après 2005 le KCK (Groupe des Communautés du Kurdistan). Regroupement en partie légal, en partie illégal, qui se charge d’organiser la diffusion de l’idée de confédéralisme démocratique. Le gouvernement turc organise alors une grande opération durant laquelle plus de 11 000 personnes seront arrêtées. Les «opérations KCK» lancées en 2009 par le gouvernement turc ont décapité une grosse partie du mouvement en envoyant massivement en prison les plus radicaux ou en les forçant à l’exil. Les années qui ont suivi ont été des années de reconstruction du mouvement.
Depuis 2013, il existe un cessez-le-feu entre le PKK et le gouvernement turc, et un espoir existe d’un réglement pacifique de la situation. Par ailleurs, les élections de 2014 (municipales et nationales) ont vu le parti légal progresser. La création des cantons autonomes en Syrie a donné un nouvel espoir aux peuples de Turquie. La lutte est loin d’ être finie, mais elle se profile sous des horizons meilleurs qu’il y a 30 ans.

LA RÉGION AUTONOME DU KURDISTAN DU SUD (IRAK)

A l’été 1991, les Kurdes d’ Irak profitent de la situation de guerre contre Sadam Hussein pour s’organiser en autonomie. La région en tant que telle sera créée en 2003, et reconnue par le parlement irakien en 2005. Un référendum sur l’indépendance devait avoir lieu en 2014, mais a été repoussé à cause de la guerre contre Daesh. Aujourd’ hui, la plupart des «puissances occidentales» ont déclaré qu’elles étaient prêtes à reconnaître cet État. Cette région est située dans le Nord-Est de l’ Irak, sur une surface d’environ 40 000 km, et avec une population d’environ 4 500 000 personnes. Les langues officielles sont le kurde et l’ arabe. Les forces armées propres de la région sont constituées principalement des Peshmergas, qui combattent actuellement contre Daesh.
Bien que des alliances militaires aient été réalisées dernièrement entre les Peshmergas et les forces kurdes en Syrie (YPG/YPJ), le projet politique de la région irakienne ne correspond pas à celui porté par le mouvement kurde en Syrie et en Turquie, notamment parce qu’il n’ y a pas dans l’idéologie du principal parti au pouvoir, le PDK, de remise en cause de l’ État-Nation ou du capitalisme.

LA SITUATION EN IRAN

La situation des Kurdes en Iran est particulièrement difficile. L’Iran a une politique vis-à-vis d’eux et des autres minorités très autoritaire : interdiction de toutes les langues minoritaires (y compris l’arabe), interdiction des journaux en kurde, des associations culturelles de défense des droits de l’homme, des associations féministes, des syndicats kurdes, persécutions, répression de tout début d’expression de la société civile. Il y a aussi de nombreuses condamnations à mort également. Les Kurdes sunnites sont aussi mal vus par le régime de Téhéran qui défend le chiisme. Ainsi il arrive souvent que les Kurdes soient condamnés comme «ennemis de Dieu» par les Hautes cours révolutionnaires d’Iran, accusation passible de la peine capitale. Les militant-es du PJAK (parti frère du PKK), en lutte armée, sont visé-es par des arrestations, emprisonnements et tortures. Ils sont aussi souvent condamnés à mort. Entre novembre et décembre 2014, plusieurs prisonniers politiques du PJAK, dont une partie condamnés à mort, se sont mis en grève de la faim pour lutter contre leurs conditions de détention et leur mélange avec des prisonniers de droit commun. L’Iran a décidé d’accélérer l’exécution de 10 condamnés à mort, en représailles.

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